Hommage à Jean-Louis FONCINE

Publié le par Objectif Aventure

La collection Signe de Piste… Une découverte aux rayons de Gibert Jeune, un après-midi où,
alors sorbonnard, je flânais entre deux cours. D’emblée, elle m’apparut absolument unique.
Voulant me procurer les dessins proposés par un dépliant inséré dans un des romans, je me suis dirigé vers les Champs-Elysées, adresse de l’éditeur Epi. Là, on me parla de changement d’adresse et on m'orienta rue de Vaugirard. Je ne le savais pas, mais ce fut Foncine qui m'y reçut. A l'époque, ignorant de ladite collection, je le pris pour Joubert et lui demandai un dessin. Ce jour-là, notre rencontre dura bien plus que le temps d'un échange commercial. Il se dégageait de cet homme un enthousiasme, une jeunesse, qu'il conserva pratiquement jusqu'au bout, et une force de sympathie très forte. Energie me paraît le mot pouvant le mieux le caractériser. Et puis engagement, car si j’ai cité cette anecdote d’une rencontre avec la collection chez Foncine, c’est qu’il s’exposait en première ligne, et mettait à contribution – outre sa maison de Malans – son appartement parisien, aux allures de bunker, pour pérenniser, défendre, étendre sans compter son temps ni sa fatigue la collection qu’il avait co-fondée.
Nous nous sommes souvent revus ensuite. A nos entretiens s'ajoutaient des dégustations du meilleur whisky, qu’il avait toujours chez lui, et des repas dans le petit resto asiatique proche, où il avait ses habitudes. C’était toujours le même climat de convivialité, et de combat. Car
Foncine était toujours en lutte, à l’image de ses personnages. Contre la mauvaise foi, l’injustice… Ses coups de cœur, ses colères aussi, étaient sonores, gage d’une grande sincérité et, je crois, d’une souffrance réelle pour tout ce qui ne vaut pas d’être supporté…

C’est par lui que j’ai vraiment compris la grandeur et l’impact du scoutisme, dont mon
enfance ne m’avait fourni qu’une approche. La dimension spirituelle et historique de ce grand mouvement, aussi. Ses évocations, son impressionnante collection de photographies donnaient vie à une époque très loin des priorités contestables de la nôtre, qui font tendance, d’ailleurs tour à tour exagérément sévères ou « cool » (quant à la mixité à toute force, elle fait fi du désir réel des jeunes, et a pour corollaire une séparation très malsaine entre les âges).

« Epoque très loin », sauf à en proposer, encore et toujours, les valeurs et les axes, car il devient évident alors qu’elle ne demande qu’à vivre encore !

Le communiqué qui nous apprend sa disparition rappelle que son oeuvre a résisté au temps, au point de constituer une des grandes ventes de France Loisirs. Il paraît juste d'ajouter que cette même œuvre – en raison de la vitalité qu’elle véhicule – se joue des

latitudes et longitudes, comme j'en ai la preuve en la retrouvant très bien accueillie au Portugal, au Bénin…

Cher Pierre (oui, Pierre, car derrière ton pseudonyme d’auteur J. Louis Foncine, d’aucuns connaissaient Pierre Lamoureux), avec Serge Dalens, dans La Fusée N°4, ce panachage de textes pas forcément romanesques dû aux plumes de « votre » collection, tu écrivais : « Un jour, forcément, comme toute œuvre humaine, le Signe de Piste ne sera plus qu’un souvenir dans la mémoire de quelques-uns. Cela ne saurait nous attrister, car nous savons que telle est la loi commune ». Mais, par ailleurs, je te réentends me dire avec gravité : « Rien ne se perd… jamais ! Pas même le moindre sourire ».

Je veux croire, avec toi, que la force de la vie dépasse la mort apparente. Je veux croire, avec toi, et affirmer que l’ensemble de nos actions, de nos gestes et de nos regards compose une mosaïque indestructible.

Dans ta lettre accompagnant l’hommage à Dalens que tu avais adressé à notre revue en le valorisant de la mention « exclusif », tu m’écrivais : « Je te supplie de continuer ton œuvre », et tu me redisais alors « l’appui de Joubert et le (t)ien inconditionnel ».

Malgré certaines difficultés dont nous parlions ensemble, elles aussi inhérentes à toute entreprise humaine, et fidèle à la formule de ce Chant de la Promesse que nous avons entonné, debout pendant la messe qui fut notre dernier rendez-vous avec toi, « je maintiendrai ». J’ai découvert jusqu’à l’écœurement que ce n’était pas facile, et que la société n’est pas injuste, les épreuves très dures seulement dans tes romans. Mais n’est-ce pas le signe que la Promesse scoute doit prendre une autre dimension à 50 ans qu’à 13 ou 14 ?

Je sais que, d’où tu es, cet appui que tu me disais ne nous manquera pas.

Au revoir, Pierre ! Puisse t’accueillir un horizon plus accueillant encore que ce « Pays perdu » dont tu nous as ouvert les portes inoubliables.

Y.N.
(Extrait du dossier de La Lettre de 2005)

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